Le sport après la pose de stents coronaires

31 Janvier 2017 Dr Philippe Pirenne

Le sport après la pose de stents coronaires

 

 

Pratiquer du sport quand on est âgé présente un vrai bénéfice pour la santé. Toutefois, il n’est pas rare d’avoir déjà rencontré des problèmes de santé, notamment des problèmes cardiaques, tels que la maladie coronaire.

 

Les patients concernés par la maladie coronaire ont bien souvent déjà bénéficié de la mise en place d’un stent dans une ou plusieurs artères qui nourrissent le cœur, les artères coronaires. Chez ces patients, la pratique du sport est essentielle, mais doit être bien encadrée pour ne pas courir de risque inutile.

 

C’est quoi la maladie coronaire ?

 

La maladie coronaire (ou encore « artériosclérose coronaire ») est un processus par lequel les artères se bouchent progressivement. Au niveau de la paroi artérielle, un dépôt de cholestérol initie une inflammation, qui aboutira à l’épaississement de cette paroi et donc à la réduction du calibre de l’artère. Au fil du temps, cette « bouillie » de cholestérol et de cellules inflammatoires s’accompagne à la fois d’un dépôt de calcium et de réactions vasomotrices (c’est-à-dire des dilatations ou des contractions de la paroi musculaire de l’artère) paradoxales. Ainsi, alors que, dans certaines conditions, l’artère devrait normalement se dilater pour permettre le passage d’une plus grande quantité de sang, on observe l’inverse, une réduction du calibre et donc du débit sanguin à travers cette portion d’artère malade. Le muscle cardiaque, nourri par cette artère, ne reçoit plus assez de sang et souffre du manque d’oxygène et de nutriments. Le plus souvent, mais pas toujours, cette souffrance du muscle cardiaque conduit à l’apparition de douleurs dans la poitrine, appelée « angine de poitrine ».

 

L’apparition de cette maladie coronaire est favorisée par toute une série de facteurs de risque, dont les plus importants sont : le tabagisme, l’hypertension, le diabète, l’hypercholestérolémie et l’hérédité familiale. A ces facteurs de risque, s’ajoute également le fait d’être un homme de plus de 50 ans, les femmes étant relativement protégées jusqu’à leur ménopause.

 

S’il existe des facteurs de risque qui accélèrent cette maladie coronaire, il existe également des facteurs qui la préviennent. Les deux plus importants sont l’activité sportive et une alimentation saine. Malheureusement, faire du sport n’immunise pas complètement contre la maladie coronaire et certains sportifs, même de haut niveau, peuvent également en souffrir.

 

Comment la traite-t-on ?

 

Lorsque les lésions coronaires sont importantes et réduisent le calibre de l’artère à plus de 70%, une intervention est nécessaire : l’« angioplastie coronaire ». Cette technique consiste à dilater la lésion et y placer un stent, sorte de treillis métallique destiné à maintenir l’artère ouverte.

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Cette technique permet de rétablir un flux sanguin normal dans l’artère, mais ne traite en rien la maladie sous-jacente de l’artère coronaire. Cette dernière sera traitée médicalement, en agissant sur les différents facteurs de risque (sevrage tabagique, réduction des taux de cholestérol, traitement optimal d’un éventuel diabète ou d’une hypertension, etc).

 

(Re)faire du sport après la mise en place d’un stent ?

 

De manière générale, après la pose d’un stent, le cardiologue encouragera l’activité physique. En effet, une étude allemande publiée en 2014 démontre que les patients les moins actifs développent plus de problèmes de santé ultérieurement (infarctus, mort d’origine cardio-vasculaire,…) par rapport à ceux qui ont une activité physique modérée. Toutefois, une activité physique intense, pratiquée plus de 12 à 15 heures par semaine, augmente le risque.

 

Les activités physiques recommandées sont donc principalement des exercices d’endurance modérés, au seuil ventilatoire (SV1), pratiqués de manière régulière (c’est-à-dire trois fois par semaine) mais sans excès. La pratique d’une activité sportive intense, surtout dans le mois qui suit la pose du stent, est tout-à-fait déconseillée.

 

Pratiquer immédiatement n’importe quel sport ?

 

Les recommandations de bonne pratique éditées en 2005 et 2006 par le Groupe sportif de la Société européenne de Cardiologie et de l’American Heart Association sont très prudentes.

 

D’emblée, il faut établir une distinction entre sport de compétition et sport de loisir.

 

Si pour le sport de loisir, la pratique est encouragée avec de faibles restrictions, en revanche, il en va tout autrement pour la pratique de compétition. La compétition sportive ne devrait pas être reprise avant une période de 12 mois. Si le patient est à faible risque, seuls les sports de la classe IA, IB et IIA de la classification de Mitchell sont autorisés (cfr tableau I ci-dessous). Si le patient est à très haut risque, la compétition n’est plus autorisée.

 

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L’évaluation du risque propre à chaque patient est basée sur une série de facteurs tels que l’interrogatoire du patient (y-a-t-il encore des douleurs thoraciques, des palpitations, des malaises lors des efforts ?), l’électrocardiogramme de repos, la présence de troubles du rythme lors d’un enregistrement du rythme cardiaque durant 24 heures (Holter), la réponse cardio-vasculaire lors d’une épreuve d’effort, les caractéristiques échographiques du cœur du patient et, enfin, la présence d’autres lésions moins importantes à la coronarographie.

 

Ainsi, le patient à « faible risque » présentera un tableau rassurant. A l’examen, on ne retrouvera plus de souffrance cardiaque. Il ne présentera pas de trouble du rythme, aura un cœur dont la fonction de pompe sera normale (ou quasiment normale), n’aura pas d’autres lésions coronaires significatives et une capacité physique normale à l’effort.

 

A l’inverse, le patient à « haut risque » présentera au moins l’un des éléments suivants :

 

  • une souffrance cardiaque résiduelle ;
  • une fonction de pompe cardiaque altérée ;
  • des troubles du rythme dangereux lors des efforts ;
  • d’autres lésions coronaires significatives ;
  • une capacité physique à l’effort réduite pour l’âge et le type de sport envisagé.

 

La présence d’un seul élément est suffisante pour que le patient soit classé dans la catégorie « haut risque ». Cela entraînera immédiatement une interdiction des activités sportives de compétition.

 

En conclusion

 

Après l’implantation d’un stent coronaire, la reprise d’une activité physique modérée et régulière doit toujours être encouragée, notamment au travers d’une activité sportive de loisir.

Pour les sportifs de compétition, la prudence s’impose et il paraît judicieux d’attendre au moins 6 mois avant la reprise éventuelle d’une activité physique intense, sachant que les recommandations internationales tablent plutôt sur 12 mois. La reprise de la compétition sera en outre conditionnée par l’évaluation du risque encouru par le patient.

 

Malgré un recul de 30 ans (les premiers stents datent des années 80), les données scientifiques solides sont encore incomplètes, ce qui explique la prudence des recommandations internationales, peut-être jugées excessives par certains patients qui pratiquent du sport de manière intensive.

 

Quoiqu’il en soit, une évaluation rigoureuse devrait être réalisée par un cardiologue du sport, avant la reprise effective d’une pratique sportive, qu’elle soit de compétition ou de loisir.

 

Enfin, je terminerai cet article en reprenant un aphorisme couramment cité dans le milieu de la cardiologie du sport : « le sport absolument, mais pas n’importe comment ! ». A méditer…

 

 

                                                                                                       

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